Université Saint-Louis - Bruxelles
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Thème : Philosophie

Partager la Terre : quelle écologie politique pour un monde commun ?


Journée d'étude
Organisée par l' Ecole des sciences philosophiques et religieuses de l'Université Saint-Louis - Bruxelles

Le 31/01/2023 : De 09h30 à 17h

Journée d'étude interdisciplinaire

Pour s'inscrire à la journée d'étude : cliquez ici

 

Depuis au moins une vingtaine d’années, la montée en puissance, tant dans la recherche universitaire que dans les discours publics, du lexique du « commun » – sous forme d’épithète ou de substantif, au singulier ou au pluriel – est le signe d’un enjeu à la fois politique et intellectuel qui se pose à notre époque. Au moment où il est devenu incontournable de placer les questions relatives au dérèglement climatique et aux crises écologiques véritablement au centre des décisions politiques et des transitions collectives, toute une série de notions et de logiques issues de la pensée politique et économique moderne – de l’extractivisme à l’impératif de croissance, en passant par le productivisme, l’individualisme possessif et la propriété privée elle-même – sont identifiées par d’aucuns comme autant d’obstacles épistémologiques et idéologiques, nous empêchant de nous mettre à la hauteur des défis écologiques au sens large. Le renouvellement de l’approche en termes de « commun(s) », au contraire, serait l’indice d’une attention portée à une dimension irréductible à ces logiques propres à l’économie capitaliste, de la part de mouvements de pensée et d’action qui défendent des perspectives alternatives.

Avec le commun, c’est une autre figure qui a fait son apparition dans les discours politiques actuels, celle de la Terre, parfois convoquée par son nom propre, Gaïa, dont les multiples exploitations (minières, agraires, forestières, foncières, industrielles, sans parler des énergies fossiles) mettent directement en péril les conditions de son habitabilité, qui sont en même temps celles de notre survie commune. Au-delà du slogan médiatique de la convergence des luttes et du constat que l’exploitation du travail, des ressources naturelles et des peuples colonisés forment différents aspects d’une même réalité globale, il convient alors d’identifier les principes susceptibles de réunir les visions particulières du commun, lesquels permettraient de rendre possible et opérante une écologie politique apte à répondre au double défi de partager durablement la terre tout en construisant un monde réellement commun.

 

Parmi les différentes tentatives pour répondre à cette injonction, la proposition philosophique et politique de notre premier intervenant lors de cette journée d’études, Paul Guillibert, est celle d’un « éco-communisme » ou d’un « communisme du vivant ». Dans son ouvrage Terre et capital (2022), Guillibert pose que l’écologie politique « ne pourra réussir sa tâche qu’à condition d’assumer l’horizon du communisme : le libre épanouissement des individus par l’abolition des conditions matérielles de la souffrance, à commencer par l’exploitation du travail ». Selon lui, dans une telle entreprise, « il ne s’agit pas seulement de repenser la crise écologique à partir du capitalisme, mais aussi de repenser le capitalisme à partir de l’histoire de ses modes de relations à la nature ». Parce que le capitalisme n’est pas seulement un mode de production, mais une « écologie-monde » qui dépossède les vivants – humains et non-humains – de leur capacité de reproduction, un éco-communisme doit faire appel à une nouvelle classe écologiste, un « prolétariat des vivants », qui articule l’objectif d’émancipation à l’égard du travail aliénant et l’attachement écologiste à la terre. Une telle proposition entre d’ailleurs à la fois en écho et en tension avec les spéculations portées par Bruno Latour, qui en appelait, lors de ses derniers entretiens, à l’émergence d’une nouvelle classe écologique ou « géo-sociale », prise non pas au sens marxien, mais comme alliance culturelle et front de luttes des terriens identifiant ensemble les limites du progrès et les conditions communes de l’habitabilité de la Terre.

Par contraste, des pensées radicalement divergentes du commun se sont développées récemment, comme en témoigne notamment Catherine Colliot-Thélène dans son ultime ouvrage, Le commun de la liberté (2022). Celle-ci a cherché à réhabiliter certains concepts normatifs fondamentaux d’un libéralisme politique qui serait découplé d’une vision capitaliste de l’économie, posant la notion de droit subjectif comme une matrice intellectuelle toujours féconde pour penser les conditions politiques de réalisation des exigences de la solidarité. Elle démontre également en quoi la propriété est un mode d’accès au commun, rappelant d’ailleurs que, chez Kant, la possession commune de la terre, comme droit inné de l’humain, est le sous-bassement non seulement de sa théorie de la propriété privée, mais aussi de son cosmopolitisme juridique et du devoir inconditionnel d’hospitalité.

 

Notre journée d’études aura pour but de faire discuter des chercheurs et chercheuses en philosophie avec des chercheurs et chercheuses issus d’autres sciences humaines (droit, économie, sciences politiques, sociologie, histoire, littérature, etc.). Chacun s’interrogera sur la manière dont les diverses approches du commun, des communs et du monde commun affectent sa discipline et déstabilisent ou renouvellent les paradigmes dominants de celle-ci. On réfléchira ainsi sur la façon dont l’écologie politique peut y trouver des ressources empiriques et théoriques et sur les sens que peut prendre, depuis ses perspectives disciplinaires, cette tâche éminemment ambivalente : partager la terre.

 

Vers le programme détaillé de l'événement.

Renseignements: espr@usaintlouis.be